12 Septembre 2017

- Rapport de Sophia Murphy et Anelyse Weiler

Six dollars vingt-deux : voilà ce qu’il faut débourser pour un kilo de carottes au Nunavut. Dans les Territoires du Nord-Ouest, près du tiers des enfants font face à l’insécurité alimentaire. Quant aux familles du Nord de l’Ontario, elles doivent consacrer la moitié des revenus mensuels uniquement à l’alimentation.

La plupart des gens sont au courant des statistiques aberrantes sur la faim ou le coût exorbitant des aliments dans le Nord canadien. En creusant un peu, on découvre que l’insécurité alimentaire dans cette vaste région est aussi liée au legs du colonialisme, aux déplacements forcés, à l’extraction des ressources et aux changements climatiques. Mais, dans tout cela, on oublie souvent le courage des communautés autochtones et du Nord en général; comment elles développent leurs propres solutions et se mobilisent pour apporter des changements systémiques.  

Dans le cadre de l’initiative des domaines d'enquête prioritaires de la Fondation, les boursières Sophia Murphy (2013) et Anelyse Weiler (2015) ont obtenu un soutien financier de la Fondation pour l’année 2016-2017 afin de mener à bien un projet intitulé "Renforcer la sécurité alimentaire dans le Nord". Elles ont travaillé en collaboration avec des organisations vouées à la sécurité alimentaire dans le Nord canadien afin de s’assurer que les priorités en matière de politiques soient clairement comprises dans le sud du Canada. Parmi leurs partenaires se trouvaient l’Institut arctique de recherche communautaire (AICBR) et la Coalition contre la pauvreté au Yukon, toutes deux établies à Whitehorse, Yukon; le Réseau pour une alimentation durable, à Montréal; et l’organisme Ecology North, à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Après l’accueil chaleureux des membres de la communauté de la Fondation Pierre Elliott Trudeau à Whitehorse pour l’Institut d’été de 2016, Sophia Murphy et Anelyse Weiler ont continué à entretenir des liens avec les partenaires locaux.

Un des principaux objectifs du projet était de permettre aux communautés du Nord de participer pleinement au dialogue et aux décisions en matière d’alimentation qui les concernent directement. Puisque ces décisions se prennent souvent dans le sud du Canada, le projet visait l’appui d’échanges Nord-Sud entre les réseaux pour faciliter le partage de connaissances et de ressources entre les défenseurs des politiques alimentaires.

À l’occasion de la 9e assemblée nationale du Réseau pour une alimentation durable à Toronto (du 13 au 16 octobre 2016), le projet a permis d’assurer une forte présence de résidents du Nord. Katelyn Friendship, codirectrice de l’AICBR, décrit ainsi l’impact de cette présence à l’assemblée :

« Selon moi, ces rencontres en personne sont très importantes, particulièrement pour les résidents du Nord, car nous avons rarement, voire pratiquement jamais, une telle occasion. Une fois le contact établi, il est beaucoup plus facile de coopérer à distance. »

Jody Butler Walker, également codirectrice de l’AICBR, insiste sur l’importance du réseautage, non seulement avec les partenaires rencontrés dans le Sud, mais aussi entre les résidents du Nord du pays : « Au bout du compte, c’est une aide inestimable dans le contexte de la crise alimentaire du Nord, laquelle risque de s’intensifier avant de connaître quelque amélioration. »

Après l’annonce, par le gouvernement fédéral au printemps 2017, d’un processus de consultation pour l’élaboration d’une politique alimentaire nationale canadienne, Weiler et Murphy ont voulu collaborer avec le Réseau pour une alimentation durable afin d’amplifier la voix des organisations du Nord. Ces organisations ont mené leurs propres consultations pour connaître le point de vue de leurs communautés sur les valeurs sociales, économiques, sanitaires et environnementales liées à l’alimentation au Canada. Comme le soulignent Weiler et Murphy dans leur article d’anticipation sur la révolution alimentaire au Canada, des projets comme l’Aroland Youth Blueberries dans le Nord ontarien ou la ferme d’apprentissage Tr’ondëk Hwëch’in au Yukon permettent de redonner leur autonomie aux communautés autochtones et de revitaliser les pratiques alimentaires traditionnelles.

Quelle que soit la forme que prendra la politique alimentaire nationale, il est clair que les résidents du Nord continueront de diriger fièrement leurs propres façons d’assurer une alimentation saine, digne et pertinente du point de vue culturel.

En savoir plus

Sophia Murphy

Comment assurer la souveraineté alimentaire? Sophia Murphy fait l’inventaire des outils qui permettent d’atteindre la sécurité alimentaire, du local à l’international. 

Boursiers 2013

Anelyse Weiler

Anelyse Weiler (sociologie, Université de Toronto) cherche à comprendre comment le point de vue des travailleurs agricoles migrants en Amérique du Nord sur l’environnement, la santé et des questions d’équité peuvent favoriser les efforts locaux et internationaux pour mettre en place des systèmes alimentaires plus durables.

Boursiers 2015