Jake Pyne

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en travail social et études de genre
Affiliation actuelle:
Université McMaster
Région:

Jake souhaite mettre en place de nouvelles façons d’accompagner les parents et les tuteurs des jeunes transgenres au cours de leur transition sexuelle.

Le boursier Trudeau 2014 Jake Pyne a été un porte-parole et un chercheur impliqué dans la communauté des transgenres de Toronto pendant de nombreuses années. Il a travaillé sur des projets favorisant l’accès des personnes transgenre aux services d’urgence, aux soins de santé et à l’équité en droit de la famille. Plus récemment, il a appuyé les familles ayant des jeunes à l’identité non conforme aux normes de genre et des jeunes transsexuels à l’échelle locale, provinciale et nationale. M. Pyne est cochercheur dans un certain nombre de projets de recherche sur la santé des transsexuels. Ses travaux de recherche portent sur l’accès rapide aux soins de transition de genre pour les jeunes transsexuels. 

Projet de recherche

Les corps en é-motion : les jeunes trans et le mouvement pour accéder à la transition à l’adolescence

Mon projet de recherhce

Notre époque est marquée par des changements rapides en ce qui concerne la façon dont les jeunes transgenres (trans) sont compris, et par le fait même, les options médicales et l'avenir qui s'offrent à eux. Pendant des décennies, les jeunes trans ont été relégués au rang des pathologies en vertu de divers diagnostics de santé mentale. Un mouvement de défenseurs de la communauté trans, d'intervenants en matière de santé mentale et physique, ainsi que des familles, a permis à certains jeunes de susprendre leur puberté ou d'entâmer une transition durant leur jeunesse. Cependant, des mineurs ne peuvent généralement pas prendre cette décision seuls et doivent se fier à leur capacité d'émouvoir leurs parents, personnes soignantes et intervenants en matière de santé pour agir en leur nom. La recherche de Jake s'interroge sur la façon dont de telles décisions sont prises, et sur les conséquences en matière de droits de la personne. Sa recherche favorisera de nouvelles façons de comprendre le désir de faire une transition ainsi que de nouvelles possibilités de modèles de réponse.

 

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes 

Ma recherche porte sur l’accès à la transition sexuelle pour les jeunes transgenres. Il m’intéresse de savoir qui peut ou non accéder aux traitements associés à la transition sexuelle, et quels sont les critères d’accès. L’attitude actuelle face aux personnes transgenres change rapidement. Malgré les obstacles constants, il est de plus en plus possible pour les jeunes transgenres de retarder la puberté ou d’obtenir un traitement médical pour leur assigner un nouveau rôle sexuel pendant la jeunesse. Un mouvement formé de militants transgenres, de professionnels des services de santé et de santé mentale ainsi que des familles est parvenu à faire voir qu’une transition pendant la jeunesse peut sauver la vie de jeunes transgenres – jeunes chez qui, sans ces services, on observe un taux élevé de suicide et d’actes autodestructeurs. Cela dit, les transgenres mineurs ne sont pas nécessairement en mesure de prendre seuls cette décision et doivent compter sur leurs capacités de convaincre parents, soignants et professionnels de la santé d’agir en leur nom – des personnes qui, au demeurant, peuvent refuser d’accéder à de telles demandes. Dans le cadre de mes recherches, je tente de voir comment sont prises les décisions sur la transition sexuelle des jeunes et comment y entrent en jeu les questions relatives à la santé et aux droits de la personne. 

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce projet en particulier? 

Ce ne sont pas toutes les personnes transgenres qui veulent procéder à une transition, mais celles qui choisissent de le faire vivent un sentiment d’urgence. Au cours de ma propre expérience de transition, j’ai rencontré des professionnels qui m’ont appuyé et d’autres qui croyaient que je me trompais. Certains spécialistes ont pris la responsabilité de plaider en ma faveur, d’autres se sont sentis obligés de me déconseiller de faire ce qu’ils considéraient comme une grave erreur. Il était clair pour moi que le fait de savoir qui est transgenre et qui ne l’est pas, et ce qu’il convient de faire, est un débat qui ne porte pas sur les faits, mais plutôt sur un questionnement subjectif qui évolue au cours du temps. Comment définit-on une personne transgenre? Que signifie changer de sexe? Pour les jeunes transgenres, qui tentent de plus en plus de freiner la puberté et pensent à la transition, les réponses à ces questions ont d’importantes répercussions. Ces débats renferment des questions complexes quant aux droits de la personne et à l’éthique, questions sur lesquelles les Canadiens et les Canadiennes doivent se pencher. 

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant? 

Au Canada, il y a très peu de recherche sur la transition sexuelle des jeunes. En Europe, les études portent principalement sur les questions de santé et de santé mentale chez les jeunes qui effectuent la transition. Ce travail est effectivement important, mais ce qui m’intéresse ici ce sont les possibilités d’accès ou non aux services de transition pour les jeunes. C’est une démarche unique qui porte sur le rôle des décideurs dans la vie des jeunes transgenres (parents, professionnels de la santé et de la santé mentale) et qui tente de voir si ce rôle est pertinent face au désir de transition sexuelle et, finalement, si ces décideurs sont déterminés ou non à appuyer le cheminement des jeunes transgenres. Ce que cette recherche apporte de nouveau est un questionnement sur les concepts, les idéologies et les contextes émotifs qui encadrent les débats et les décisions entourant la vie des jeunes transgenres.   

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux? 

Les résultats de mes recherches seront très utiles pour les professionnels de la santé et de la santé mentale qui travaillent auprès de jeunes transgenres et de leurs familles. Je crois que des domaines comme l’étude des genres, l’étude des personnes transgenres et la bioéthique bénéficieront de mes recherches sur le genre, la sexualité, le sens de la vie et les décisions d’ordre médical. Finalement, je crois que les Canadiens et les Canadiennes peuvent se sentir interpellés par les questions d’éthique, d’autonomie et de choix que je propose.  

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?  

Dans le contexte canadien actuel, de plus en plus de cliniques proposent des services pour les jeunes transgenres qui pensent à la transition sexuelle. On tente de répondre aux besoins de ces jeunes dans plusieurs endroits et les professionnels qui travaillent dans ces programmes ont parfois de la difficulté à trouver l’équilibre entre les désirs des jeunes et ceux de leurs parents, sans compter leurs propres obligations en tant que professionnels de la santé et de la santé mentale. Je souhaite que mon travail incite les cliniciens, qui mettent au point de nouvelles politiques et de nouvelles procédures, à travailler avec les jeunes transgenres et leurs familles pour discuter des questions d’identité, de personnalité, de santé et de droits. Je voudrais que ma recherche contribue à de nouvelles façons de concevoir le souhait de procéder à une transition sexuelle et qu’elle ouvre de nouvelles possibilités pour les initiatives éthiques, sociales et médicales.  

Jake Pyne a consacré les treize dernières années à ses fonctions de porte-parole et de chercheur communautaire auprès de la communauté transgenre à Toronto. Collaborant aux côtés de nombreux collègues engagés, Jake a participé à des initiatives afin d'améliorer l'accès aux services d'urgence et l'égalité en matière de droit de la famille et de soins de santé pour la communauté transgenre. Plus récemment, il a appuyé les jeunes trans et jeunes avec une identité non-conforme aux normes de genre.

De 2001 à 2008, il a dirigé une équipe de formateurs et de conseillers en matière de politique au centre communautaire The 519 Church Street, à Toronto, afin d'améliorer l'accès des personnes transgenres aux refuges pour sans-abri. En 2004, son équipe a reçu un prix provincial pour son « Travail exceptionnel au nom des sans-abri » et a été lauréate du « Prix d'excellence de la fonction publique » de la ville de Toronto en 2008. Jake a coorganisé le premier atelier national pour les enfants transgenres à l'Université Concordia en 2012, et élaboré le site Web national GenderCreativeKids.ca. À Santé arc-en-ciel Ontario, Jake a collaboré avec un comité de parties intéressées provinciaux afin de développer des ressources pour les familles et les fournisseurs de services auprès des jeunes trans et jeunes avec une identité non-conforme aux normes de genre. En 2013, il a codirigé une réunion nationale sur la recherche afin de déterminer les obstacles à leur bien-être.

 

Dans le cadre de ses recherches communautaires, Jake a collaboré à titre de chercheur-associé à plusieurs études, y compris Trans PULSE. Ce projet a été nommé en 2010 par l'Institut de la santé des femmes et des hommes comme l'un des « 10 meilleurs exemples de réussite » du pays en matière de recherche sur la santé, le genre et le sexe. Avec le Centre d'étude sur le genre, les disparités sociales et la santé et le LGBTQ Parenting Network (réseau parental LGBTQ) au Sherbourne Health Centre, Jake a mené une étude sur les parents transgenres, laquelle s'est traduite par une initiative provinciale afin de répondre à la partialité du droit de la famille et par la diffusion d'un documentaire du cinéaste Rémy Huberdeau sur les ondes de CBC en 2014.

 

En tant que chercheur, Jake vise à examiner ce que les divers systems de connaissances ainsi que les pratiques institutionnelles et socials peuvent soit forclore, soit rendre possible pour les personnes non-conformes aux normes de genre. Ses travaux de recherche ont été publiés dans des revues spécialisées, des ouvrages collectifs et des forums en ligne. Il a également présenté les fruits de ses travaux lors de conférences internationales, nationales et provinciales.

 

Jake est le lauréat de 20 prix universitaires et communautaires. Il est titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise en travail social de l'Université Ryerson, et il poursuit actuellement ses études de doctorat en travail social et études de genre à l’Université McMaster.