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David R. Boyd
Le Canada néglige les pauvres du monde entier
Le Canada joint-il vraiment la parole aux actes?
Photo prise au Mozambique par Mansir Petrie
À l’aube du XXIe siècle, les chefs de file mondiaux ont établi un ensemble d’objectifs ambitieux, également appelés Objectifs de développement du millénaire, visant à réduire les effets dévastateurs de la pauvreté dans le monde. On a fait de grandes promesses. On a prononcé des discours vibrants dans les capitales de l’Occident. On a créé de grandes attentes.
On a versé des larmes d’inspiration.
Le nouveau siècle a suscité un nouvel espoir chez les citoyens les plus pauvres du monde.
Selon les Objectifs de développement du millénaire, d’ici 2015, on prévoit réduire de moitié la proportion de personnes vivant avec la faim et dans une extrême pauvreté (avec moins de 1 $ par jour), atteindre l’éducation primaire pour tous, éliminer la disparité fondée sur le sexe pour l’éducation aux niveaux primaire et secondaire, réduire des deux tiers la mortalité infantile, réduire de 75 p. 100 le taux de mortalité des femmes, mettre fin à la propagation du VIH/sida, de la tuberculose, du paludisme, et commencer à en diminuer le nombre de cas, et finalement réduire de moitié la proportion de gens qui n’ont pas accès à de l’eau propre et à des installations sanitaires de base.
Sept ans plus tard, il semble que les promesses faites par les pays les plus riches du monde n’étaient que de la poudre aux yeux.
Selon les rapports des Nations Unies (ONU), il semble que l’on n’atteindra que peu d’objectifs mondiaux compte tenu du taux actuel des progrès.
Les données officielles sur l’aide au développement, publiées plus tôt au cours du mois par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), révèlent qu’en 2006, l’aide accordée aux pays pauvres a en fait chuté au lieu d’augmenter tel que promis.
En 2006, l’aide officielle au développement apportée par les pays riches a chuté de 5,1 %, la première diminiution depuis 1997. L’aide apportée à l’Afrique sub-saharienne, endroit le plus touché par la pauvreté dans le monde, n'a pas changé en 2006, l’année après la rencontre des chefs des pays du G8 en Écosse au cours de laquelle ces derniers ont promis de doubler l’aide accordée à l’Afrique d’ici 2010. L’OCDE prévoit une autre diminution du niveau mondial d’aide.
La course au déficit zéro du Canada des années 90 a été réalisée en partie sur le dos des pauvres du monde, car les niveaux d’aide du Canada ont chuté de 50 %
Même si ces chiffres semblent sombres pour l’ensemble de la planète, ils sont bien pires pour le Canada. En 2006, l’aide canadienne a chuté de 9,2 %. Le Canada consacre un maigre 0,30 % de son revenu national brut (RNB) à l’aide, ce qui est bien en deçà de la moyenne de 0,46 % de l’OCDE. Le Canada traîne de la patte par rapport à l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.
Bien que l’on puisse attribuer au premier ministre Lester B. Pearson l’établissement d’un seuil de 0,7 % du RNB comme cible pour l’aide étrangère des pays riches, le Canada n’est jamais arrivé près d’atteindre cet objectif. La course au déficit zéro du Canada des années 90 a été réalisée en partie sur le dos des pauvres du monde, car les niveaux d’aide du Canada ont chuté de 50 %. De même, aujourd’hui, le Canada utilise ses surplus budgétaires pour réduire la dette nationale alors que des millions d’êtres humains souffrent de graves privations.
Au-delà de la grande question des sommes versées par le Canada se trouvent les questions sur le type de contribution qu’il apporte. L’un des objectifs les plus importants de développement du millénaire vise à réduire le nombre de personnes n’ayant pas accès à de l’eau potable ou à un système d’assainissement, estimé actuellement à un milliard et à 2,4 milliards de personnes respectivement.
Compte tenu de l’abondance en eau potable du Canada, de nos technologies avancées en traitement de l’eau et des grandes préoccupations des Canadiens pour l’environnement, cette cible pourrait sembler une priorité évidente. Mais notre verre n’est même pas à moitié plein – il est presque vide.
Selon les plus récentes statistiques de l’OCDE, le Canada accorde un misérable 1,5 % de l’aide totale bilatérale (aide de pays à pays) à l’eau potable et aux systèmes d’assainissement. L’investissement du Canada dans les infrastructures liées à l’eau équivaut à un tiers de la moyenne de l’OCDE, au quart de la Communauté européenne en moyenne, au sixième de l’affectation de la Banque mondiale pour l’eau et au huitième du niveau d’investissement du Japon pour l’eau.
Si les pays scandinaves peuvent atteindre et dépasser de façon constante leurs objectifs,qu’est-ce qui freine le Canada ?
Ce qui n’améliore pas les choses, le Canada dépense six fois plus d’argent pour l’administration des programmes d’aide qu’il n’en dépense pour offrir de l’eau potable et un système d’assainissement aux pays en développement. La proportion des dépenses administratives du Canada (soit 8,9 %) est la deuxième plus élevée de l’OCDE, derrière la Grèce seulement, et représente plus du double de la moyenne.
Sur une question connexe, la proportion d’aide conditionnelle du Canada est de loin la pire de l’ensemble de l’OCDE, et s’élève à plus de 40 %. L’aide conditionnelle force les pays bénéficiaires à acheter des biens et services du Canada, souvent à un prix élevé ou non concurrentiel. La plupart des pays européens ont réduit leur niveau d’aide conditionnelle à moins de 10 %, alors que les chefs de file que sont la Norvège et la Suède, ont un taux inférieur à 2 %.
La parcimonie dont le Canada fait preuve dans l’affectation de l’argent à l’aide aux pays pauvres, son défaut à accorder une priorité à l’eau potable, ses dépenses administratives élevées et son insistance intéressée pour l’aide conditionnelle devraient être une source d’embarras national. Pourtant, la publication de la dernière ronde de statistiques relatives à l’aide a été faite dans un silence assourdissant.
Les bureaucrates du gouvernement fédéral prétendent que le Canada ne peut augmenter les dépenses assez rapidement pour atteindre l’objectif de 0,7 % d’ici 2015.
C’est de la foutaise, une piètre excuse propagée par les gratte-papiers du ministère des Finances. Si la France, l’Angleterre et l’Allemagne peuvent améliorer rapidement leurs dépenses sur une décennie pour atteindre l’objectif, pourquoi le Canada ne le peut-il pas?
Après tout, notre économie se porte mieux, et est à la hausse, comparativement aux autres pays du G8. Si les pays scandinaves peuvent atteindre et dépasser de façon constante leurs objectifs, qu’est-ce qui freine le Canada ?
En refusant de faire un effort véritable en vue d’atteindre l’objectif de 0,7 %, et en faisant défaut de saisir le caractère urgent de l’atteinte des Objectifs de développement du millénaire, le Canada rompt des promesses et brise des cœurs.
Nous avons bâti notre réputation exceptionnelle comme pays sur les contributions canadiennes à remporter des batailles importantes par le passé. Pour maintenir notre héritage, il faut que le Canada fasse un effort concerté afin de prêter main forte aux batailles essentielles d’aujourd’hui.
David R. Boyd est juriste spécialiste des questions d’environnement, auteur et boursier Trudeau de l'Université de la Colombie-Britannique.
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Publié précédemment dans le Toronto Star du 4 mai 2007
David R. Boyd
Boursier Trudeau
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