13 Novembre 2019

Cet article a été rédigé par Abigail Curlew, boursière 2019 de la Fondation Pierre Elliott Trudeau (version originale en anglais).

Des manœuvres politiques menacent de saper les droits fondamentaux des personnes transgenres

Chaque fois que je mentionne les multiples formes d'oppression, de stigmatisation et de marginalisation auxquelles sont confrontées de nombreuses personnes bi-spirituelles, non binaires et transgenres en Amérique du Nord et en Europe, je fais face à du scepticisme. On me répond que nous sommes en 2019 et que cela ne doit pas être si terrible pour les personnes transgenres. C’est ce déni qui rend nos luttes invisibles, même si elles font la une des journaux dans le monde entier.

Nous célébrons aujourd'hui la Journée internationale de la tolérance et je vous mets au défi de réfléchir aux dangereuses tendances politiques qui ont encerclé la vie quotidienne des personnes transgenres à travers les États-Unis et le Canada. Bien que ces tendances puissent être choquantes et effrayantes, il est important que nous reconnaissions et affrontions les faits.

En octobre dernier, le New York Times avait annoncé que l'administration Trump envisageait de réduire la définition du genre à « un état biologique immuable déterminé par les organes génitaux à la naissance ». Le HHS Civil Rights Office, sous l'influence de Roger Severino, nommé par Trump, cherchait à supprimer les personnes transgenres de la législation fédérale pour nous exclure activement de la protection des droits civils. Ce nouveau changement dans la politique fédérale s’est produit en parallèle de la tristement célèbre interdiction des transgenres dans l’armée américaine, qui pourrait toucher la vie de 2150 à 15 000 membres transgenres actuellement en service.

Plus récemment, le ministère de la Justice de l’administration Trump a ordonné aux juges de la Cour suprême de créer une nouvelle jurisprudence qui autoriserait la discrimination active et la ségrégation des personnes transgenres en matière d’emploi. Faisant suite à leurs efforts antérieurs, visant à placer les personnes transgenres en dehors de toute existence légale, le Ministère de la Justice a affirmé que les droits civils ne protégeaient que de la discrimination fondée sur le « sexe biologique».

De nombreux efforts sont mis en œuvre pour nous empêcher d'être légalement reconnus comme personnes aux yeux de la loi, et renvoyant ainsi nombre d'entre nous au placard ou dans la clandestinité.

Le Canada n’est pas à l’abri de ces nouvelles tendances politiques anti-transgenres. En particulier, les progressistes-conservateurs en Ontario ont adopté une motion lors de la convention de leur parti qui obligerait le parti à interdire les mentions de « l'identité de genre » dans l'éducation publique, selon la logique que l'identité transgenre représenterait une "idéologie libérale" et une expérimentation sociale" inappropriées pour les enfants. En outre, des recherches récentes montrent que les personnes transgenres canadien.ne.s sont confrontées à un harcèlement quotidien tel que nombre d'entre nous ont peur de quitter leurs domiciles.

La reconnaissance est le premier pas vers la construction d’une société plus tolérante. Nous devons reconnaître les rouages politiques qui travaillent actuellement à saper les droits fondamentaux des personnes transgenres. Nous sommes nombreux à craindre que notre société se retourne contre nous, mais le grand public cisgenre ne s’est pas aligné sur notre combat.

En tant que boursier.e.s et leaders engagé.e.s, nous avons accès à d'innombrables outils pédagogiques et philosophies pour enseigner l'empathie et la tolérance. Il est important que nous utilisions ces outils pour défier le malaise croissant autour de l'existence des personnes transgenres. Après la reconnaissance, vient la difficile tâche de susciter l'empathie dans le but affirmé de supprimer la haine, les préjugés et la discrimination.

La Journée internationale pour la tolérance nous offre l’occasion d’engager des discussions sur la manière de protéger les personnes transgenres dans une société de plus en plus hostile à notre égard. C'est une occasion de stimuler le sens politique de ceux qui vous entourent, pour qu’ils affrontent les politiciens et leur fasse reconnaître que leurs pratiques discriminatoires n’auront pas leur place dans ce pays.

 

Abigail Curlew

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