Le Mois de l'histoire des Noir.e.s vu par la communauté de la Fondation

Alors que le Mois de l'histoire des Noir.e.s touche à sa fin, la Fondation Pierre Elliott Trudeau partage les réflexions de trois membres de la communauté dont les contributions ont permis de raconter et construire cette histoire.  

Mary Anne Chambers – Mentore 2018

« Ce sont des femmes et des hommes noirs qui ont inventé le stimulateur cardiaque artificiel, le masque à gaz moderne, la technologie graphique 3D utilisée dans les films, le microphone moderne. L’impact que ces inventeur.trice.s et beaucoup d’autres ont eu sur la vie des gens de toutes origines fait de l’histoire des Noir.e.s l’histoire de tous. »  

« L’histoire s’écrit tous les jours. Il y a des contributions et des réalisations impressionnantes dont on entend peu parler. Dans chaque secteur de la société, dans chaque industrie et profession, les Noir.e.s contribuent à rendre la vie meilleure pour tous ». 

Mary Anne Chambers a vécu plusieurs obstacles au cours de sa carrière.  

« Mes 26 premières années au Canada ont été passées dans le secteur des services financiers où j’ai évolué du poste de programmeuse informatique à celui de vice-présidente principale à la Banque Scotia. Je n’ai eu aucune difficulté à obtenir un emploi à la Banque en arrivant au Canada en 1976, mais quelques semaines plus tard, un collègue m’a dit que je ne devrais pas être déçue si je n’allais pas très loin malgré mes compétences et mon éthique de travail, car j’étais une femme noire, immigrante au Canada, jamaïcaine, mariée, mère et catholique. En tant que jeune cadre, on me disait de temps en temps que j’étais une exception. Ma réponse était toujours que la personne qui me qualifiait d’exception ne nous connaissait pas assez ».   

Elle croit que l’histoire des Noir.e.s est l’histoire de tous. « C’est l’histoire de tout le monde parce que les expériences, les actions et les réalisations des personnes noires n’existent pas isolément de la société dans son ensemble. Mais voici la réalité : l’espoir qui émane de la capacité à tirer parti des réalisations et des progrès déjà accomplis ne doit pas être sapé par la complaisance. Il serait dangereux de supposer que les progrès déjà réalisés ne peuvent être érodés ou renversés », a averti Chambers.  

Adelle Blackett – Fellow 2016

Dans son essai publié en 2017 Follow the Drinking Gourd, elle partage son expérience en tant qu’étudiante puis professeure de droit, donnant des cours sur la théorie critique de la race ainsi que sur l’esclavage et le droit à l’Université McGill. « J’ai commencé ma carrière universitaire à l’époque du réalisme racial de Derrick Bells, une prise de conscience générale des exclusions systémiques et du défi qu’elles représentent. Au fil du temps, j’en suis venue à apprécier la profondeur de ce défi, y compris la façon dont il fonctionne dans des contextes de concurrence, rendant la solidarité entre les communautés historiquement marginalisées à la fois plus nécessaire et plus difficile ». 

Des cours comme ceux-ci font partie intégrante du « projet collectif de former des juristes qui vivent des vies enracinées [et] multilingues». Le cours a également été contextualisé et historicisé. « Cette première approche a bouleversé les mythes courants sur l’innocence raciale canadienne ». Bien que les contextes universitaires et sociaux aient changé au fil du temps depuis son arrivée à McGill, « nous avons encore des devoirs à faire, et cela inclut le travail rédempteur de transformation des institutions que nous habitons, y compris nos universités et nos facultés de droit », conclut Blackett.

Sarah Mason-Case – boursière 2017

« Le contexte du Mois de l’histoire des Noir.e.s devrait être un moment pour rappeler aux chercheur.se.s de réfléchir à leur politique, leurs postulats disciplinaires, leurs formes stylistiques, leurs vocabulaires théoriques et leurs citations, qui délimitent la manière dont nous abordons et reproduisons les problèmes contemporains. Il y a, par exemple, un élan croissant dans le monde entier en faveur de la recherche de réparations pour les effets du colonialisme (génocide, accès à l’éducation, changement climatique). Qu’est-ce que cela nous dit sur les discours libéraux sur l’histoire, le droit, l’individu, la communauté et la justice » ? 

En ce mois de l’histoire des Noir.e.s, je me trouve au Massachusetts  pour mes travaux doctoraux. « En tant que Canadienne « d'origines » guyanaise et européenne, ce mois de commémoration et de célébration me semble distant et familier. Les membres de ma famille noire ont parcouru un long chemin des Caraïbes au Canada en passant par l'Angleterre, sans compter l'expérience de l'esclavage afro-américain. Le nom de famille Case nous a été attribué dans le cadre des pratiques de l'esclavage transatlantique qui ont profondément défini l'île de la Tortue de même que les terres et les peuples du sud. Le Mois de l'histoire des Noir.e.s invite bien sûr aussi à tourner notre regard vers l'avenir, alors que je me trouve souvent submergée par une violence pernicieuse ici. Je fais partie de l’histoire noire et elle est en moi. »  

Je suis d'accord avec ceux qui disent qu'il faut faire plus pour célébrer l'histoire des Noir.e.s dans ses particularités canadiennes. Après tout, le contexte national définit les expériences communautaires autant que le transnationalisme. Les deux sont liés dans les idées et pratiques de la négritude.