Les droits de la personne au temps de la COVID-19

Le 18 juin 2020, la Fondation Pierre Elliott Trudeau a présenté son deuxième webinaire de la série Émergence. Cet épisode a abordé des enjeux relatifs aux droits de la personne dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

 

Modérées par Robert Steiner, mentor 2019 de la Fondation, les discussions ont réuni Christian Nadeau (fellow 2019), Margarida Garcia (boursière 2004), la très honorable Beverley McLachlin (mentore 2020) et Mary Anne Chambers (mentore 2018) à titre de panélistes. Carlo Charles (boursier 2019) et Robert Leckey (boursier 2003) ont respectivement offert des commentaires en guise conclusion des séances en français et en anglais. 

 

 

Action collective pour les droits humains et la dignité

Margarida Garcia a fait remarquer qu'en restreignant notre liberté de mouvement et d'association, la pandémie de COVID-19 nous a donné un petit aperçu des conditions imposées aux détenu.e.s en contexte carcéral. Alors que la plupart des gens sont indifférents à la privation de liberté et au manque de contacts humains que vivent les prisonnier.e.s, elle a exprimé l'espoir que l‘expérience du confinement et la pandémie en général alimentent le désir collectif de rendre le monde plus juste et équitable et d’exiger une réforme du système pénal.

Pour sa part, Christian Nadeau a souligné que les travailleur.se.s de la santé qui soignent les personnes ayant contracté la COVID-19 proviennent souvent de groupes plus vulnérables, incluant les immigrant.e.s. De même, Mary Anne Chambers a observé que la COVID-19 a eu un impact disproportionné sur différentes populations. Plus précisément, elle a souligné que les Afro-Américain.e.s, les personnes de couleur et les communautés des Premières Nations souffrent de nombreuses inégalités qui ont rendu la pandémie plus difficile pour eux.

 

Alors que les politiques publiques sont parfois développées sans considérations sociales appropriées et en privilégiant les intérêts économiques dominants, Mary Anne Chambers a appelé à ce que nous examinions, à mesure que nous sortons de la COVID-19, ce que nous valorisons et dévalorisons en tant que société.

 

Par ailleurs, abordant la question du racisme, Christian Nadeau a insisté sur le fait qu’il s’agit d’un problème systémique et institutionnel qui requiert des changements structurels. Corollairement, le racisme doit être perçu comme un enjeu collectif plutôt qu'individuel.

 

De façon similaire, dans ses remarques de clôture de la séance en français, Carlo Charles a soutenu que la crise COVID-19 a dévoilé des inégalités structurelles qui appellent notre gouvernement et la société civile à adopter une vision post-COVID-19 pluraliste. Cela implique d’avoir des « conversations inconfortables sur le racisme institutionnel ».

 

Le système de justice et les droits

Questionnée sur l’accès à la justice dans le contexte de la pandémie, la très honorable Beverley McLachlin, juge en chef de la Cour Suprême du Canada de 2000 à 2017, a déclaré que malgré le manque de ressources, il y a eu un effort rapide au sein du système judiciaire pour utiliser la technologie afin d’assurer le traitement des cas urgents. Néanmoins, la COVID-19 a permis de réaliser, selon elle, que nous devons accélérer la réforme du système et dépenser davantage pour la justice. 

 

Toujours dans le contexte de la pandémie, l’ex-juge en chef a souligné que les droits fondamentaux des individus sont fortement protégés au Canada, mais qu'ils peuvent être limités pour assurer l'intérêt public. Elle a par ailleurs observé que la COVID-19 a révélé les lignes de faille basées sur la race au sein de nos structures sociales; à l’avenir, « nous devons prendre cela au sérieux » a-t-elle dit.

Robert Leckey nous a rappelé que les problèmes socioéconomiques discutés dans le webinaire ne sont pas nouveaux; la COVID-19 a simplement révélé plusieurs des inégalités auxquelles des personnes de différents groupes démographiques sont confrontées depuis de nombreuses années. Pour aller de l'avant, il est important d'exiger des modifications dans notre législation et de valoriser les besoins fondamentaux des personnes parallèlement aux objectifs économiques.