Nkwelutenlhkalha - Notre parler. Les langues autochtones et la Décennie des langues autochtones 2022-2032 décrétée par l’ONU

Au mois d’avril, le Canada a donné le coup d’envoi à la Décennie des langues autochtones de l’ONU lors d’une célébration officielle. Cette dernière a été présidée par Perry Belgarde, président de la Société géographique royale du Canada. À cette occasion, la gouverneure générale Mary Simon a présenté le discours d’ouverture en trois langues : en inuktitut, en anglais et en français.

Les prestations des artistes des Premières nations, qui ont chanté et parlé dans leur propre langue, ont constitué un autre point fort. Ils passaient de leur langue autochtone à l'anglais ou au français avec une aisance remarquable. L'un des orateurs, le chef Willie LittleChild, a élaboré le projet de l'Année des langues autochtones en 2019, avec l'aide de la Colombie-Britannique, de par le travail d'Edward John. 

L'Année des langues autochtones 2019 nous a montré comment une telle proclamation peut influencer positivement les langues autochtones ici, au Canada, et comment les liens tissés avec les peuples autochtones du monde entier peuvent créer des partenariats et des collaborations solides. Les dirigeants et la population en général ont pu, également, mieux comprendre l'importance des langues ancestrales de tous les coins du monde. En 2019, le Canada a adopté sa loi sur les langues autochtones, une occasion d’impulser la reconnaissance de toutes les langues des Premières nations et d'établir des processus pour soutenir ces langues en vue de leur réappropriation, de leur revitalisation et de leur maintien, et de reconnaître enfin que ces langues existaient sur nos territoires avant la colonisation. Un commissaire aux langues autochtones a été nommé afin de mettre en œuvre cette nouvelle « loi ». 

L'une des activités de 2019 a été l'organisation conjointe d'une conférence mondiale sur les langues autochtones, HELISET TŦE SKÁL (« Que les langues vivent »), coanimée par First Peoples Culture Council et First Peoples Cultural Foundation à Victoria, en Colombie-Britannique. Parallèlement à cette conférence, l'UNESCO a tenu des réunions sur les langues autochtones, tout en assistant à la conférence Heliset entre deux réunions. Cette expérience a permis d'éclairer leur vision de l'établissement de la Décennie des langues autochtones. Le conseil First Peoples Cultural et la fondation First Peoples Cultural Foundation ont également été invités à présenter des discours préliminaires lors de la conférence de l'UNESCO sur les langues et les technologies autochtones à Paris, en 2019, pour clôturer l'Année des langues autochtones.

Qu'espérons-nous réaliser pour les langues autochtones au cours de la prochaine décennie ? Notre travail consiste à répondre aux besoins de réappropriation, de revitalisation et de préservation de toutes les langues des Premiers peuples en collaborant avec les Autochtones, qui ont pris la direction de ce grand mandat. Il s'agit là d'un point essentiel, car lorsque les Autochtones jouent un rôle de premier plan, il est plus probable que les efforts s'inscrivent dans la durée et suivent une méthode autochtone de réalisation du travail. Les pays doivent collaborer avec les peuples autochtones pour modifier et faire évoluer les structures des institutions créées pour servir la société. Par exemple, dans le domaine de l'éducation, qui a évolué pour mettre en œuvre le système de valeurs et de connaissances du monde euro-occidental, des changements devront être apportés pour identifier les structures, les valeurs et les connaissances des Premières nations. Cela signifie apprendre à s'écouter les uns les autres, à construire ensemble de nouvelles structures en respectant et en honorant toutes les complexités et la beauté des différentes façons d'être dans le monde.

L'UNESCO a récemment tenu une conférence mondiale sur l'enseignement supérieur. Elle a comporté une séance sur le savoir autochtone, au cours de laquelle les intervenants ont souligné la nécessité de faire évoluer les choses afin de créer des espaces respectueux – dans le milieu universitaire – pour le savoir et les langues autochtones. À l'heure actuelle, au Canada, il n'y a pas d'endroit où l'on peut apprendre les langues autochtones, préparer les enseignants et étudier les langues d'un point de vue autochtone. Alors que les jeunes réapprennent leurs langues, apprennent sur leurs terres et dans leurs traditions, nous devons les soutenir par l’embauche d’enseignants qualifiés, en effectuant des recherches portées par les Autochtones, en comprenant et en contrant les habitudes coloniales dans l'apprentissage et les attentes. Cette conversation n'est qu'un début, et nous avons dix ans pour travailler ensemble et proposer des innovations créatives et respectueuses.

Lorna Williams
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Lorna Williams

  • Fellow 2021
Lorna Wanosts’a7 Williams est la première directrice du programme d’éducation autochtone à l'Université de Victoria