15 Août 2018

Dans son œuvre magistrale L’homme invisible, Ralph Ellison écrivait : « Je suis un homme qu’on ne voit pas. Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens refusent de me voir. » La thématique de l’invisibilité des corps, des langues et des savoirs nous habite et nous traverse tous et toutes. Qu’il s’agisse d’art et de théâtre, d’occasions professionnelles, d’ascension sociale et d’équité, le dénominateur commun des débats publics contemporains est la légitime visibilité. Mieux voir les personnes et les cultures que nos pratiques dominantes excluent. Mieux répondre à la soif de justice des minorités visibles et à la promesse de réconciliation qui a été clairement exprimée et réitérée à l’endroit de nos Premières Nations.

C’est avec beaucoup d’humilité et par l’intermédiaire de sa consultation publique que la Fondation Pierre Elliott Trudeau s’intéressera plus intimement à ces débats. Nous sommes à l’aube de notre toute première consultation ! L’Alberta ainsi que les Territoires du Nord-Ouest nous accueilleront à partir du 10 septembre 2018 pour quatre jours de dialogue, d’échanges et de rencontres. Nous arrivons pour vous entendre.

Avec comme toile de fond l’excellence inclusive et le leadership engagé, nous débuterons notre tournée aux côtés de la professeure Malinda Smith, notre lauréate 2018 qui est coauteure de l’excellent livre The Equity Myth. Pour une toute première fois au pays, cet ouvrage questionne le statut, la représentation et les expériences quotidiennes des professeurs autochtones et issus des minorités visibles de nos universités canadiennes anglophones. Alors que le milieu universitaire se dit inclusif et promeut la diversité, comment expliquer qu’il continue paradoxalement à exclure diverses formes de savoir et contribue à une marche toujours imparfaite et lente vers l’égalité réelle de ses membres ? Comment atteindre l’équité et quel est votre rôle dans cette ascension ? Nous en parlerons grâce à nos groupes de discussion. Je remercie notre fabuleux comité scientifique, composé de boursier.es, lauréat.es et mentor.es, qui nous a notamment permis de parfaire la méthodologie empruntée lors des consultations publiques.

Bien sûr, le milieu académique n’est pas le seul à reproduire l’inégalité. Dans un texte cri du cœur publié le 14 juillet 2018 dans Le Devoir, des signataires autochtones dénonçaient l’absence de comédiens provenant de leurs nations parmi les 34 artistes choisis par Robert Lepage pour sa pièce Kanata, laquelle porte ironiquement sur l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones. « Nous comprenons que l’aventure se passera sans nous, encore une fois », écrivent les auteurs. « L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serrée, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène, ne nous aide pas. Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur, car NOUS SOMMES. » 

Cette question de l’existence et de l’inexistence, de la présence et de l’absence, de la visibilité et de l’invisibilité, est difficile et souvent douloureuse, parce qu’elle présuppose une justice partielle et partiale.  Olivier Voirol l’abordait d’ailleurs admirablement dans son texte Les luttes pour la visibilité, où il rappelait que ces luttes sont inégales et favorisent souvent les instances de pouvoir alors que certains groupes sont condamnés à l’invisibilité. Pourtant, pour se constituer un soi, il faut être capable de se rendre visible, d’exister, d’être vu et entendu !

Dans le cadre de sa nouvelle réflexion stratégique qui suivra la période de consultation, la Fondation cherchera les moyens de rendre l’inclusion et la diversité au sein de sa communauté une réalité tangible. C’est pourquoi votre participation est si importante ! Je vous invite donc à vous inscrire à la première consultation qui se déroulera du 10 au 14 septembre 2018 et qui aura lieu à Edmonton, Yellowknife et Calgary. Pour ce faire, veuillez utiliser un de ces formulaires et ce, du 15 août au 1 septembre 2018 :

EDMONTON (AB) : le 10 et le 11 septembre 2018

YELLOWKNIFE (TNW) : le 12 septembre 2018

CALGARY (AB) : le 13 septembre 2018

Très prochainement, la Fondation renouera avec l’œuvre d’Ellison : « Et j’adore la lumière. Vous allez peut-être penser que c’est bizarre qu’un homme invisible ait besoin de lumière, désire la lumière, aime la lumière. Mais c’est peut-être précisément parce que je suis invisible. La lumière confirme ma réalité, donne naissance à ma forme. » En nous rapprochant du terrain, nous chercherons cette lumière qui donne naissance à la visibilité des corps, des voix et des opinions.

Pascale Fournier

Présidente et chef de la direction

Équipe 2018