10 Août 2012

Nous avons demandé à Macartan Humphreys de nous raconter sa première année d'expérience en tant que lauréat Trudeau en résidence à l'Université de la Colombie-Britannique. Voici ce qu'il nous a répondu.

« Le prix Trudeau est arrivé à un moment bénéfique pour moi. À cette période-là, je consacrais tout mon temps à des projets expérimentaux sur le terrain en matière de gouvernance et de reddition de comptes. Bien qu'ils fussent fascinants à bien des égards, travailler à ces projets me donnait de plus en plus l'impression de devenir un gestionnaire de projet épuisé qui n'avait peu ou pas de temps pour effectuer une analyse en profondeur, à en diffuser les résultats ou à formuler mes réflexions et en tirer une vue d'ensemble. L'Université m'a fourni un milieu très simulant et un soutien merveilleux pour renverser la vapeur. 

Mon premier objectif a été de rééquilibrer le travail et de me concentrer davantage sur l'analyse et la communication. J'ai pu terminer l'analyse principale des projets en me rendant au Congo, au Libéria et en Ouganda. J'ai aussi eu l'occasion de voyager pour présenter les résultats et aider les décideurs à bien saisir le tout par le biais de présentations aux bureaux d'aide du gouvernement de Grande-Bretagne à Kinshasa et à Nairobi et à des organismes comme le NDI, le Conseil danois pour les réfugiés, Caritas et l'IRC à New York, à Lubumbashi et à Kinshasa. Plus près de chez nous, nous avons animé une discussion entre chercheurs et décideurs à l'Université avec des représentants de DfID, IRC, Gates, Hewlett et NDI dans le but de discuter des meilleures façons de relier la recherche et la pratique. Les intervenants ont fait preuve d'une détermination exceptionnelle à s'engager et à stimuler la recherche universitaire.

Mon deuxième objectif était de bénéficier de l'espace intellectuel fourni par le prix afin de me pencher davantage sur les façons dont nous effectuons la recherche dans ce domaine. Je me suis d'abord concentré sur un nouvel article portant sur l'éthique d'expérimentation sur le terrain. L'axe portait sur les questions difficiles et parfois sans réponse qui surviennent lorsque des chercheurs ne regardent pas l'état du monde, mais tentent de le manipuler de différentes façons. Puis, je me suis concentré sur le problème des préjugés de publication qui touchent la recherche dans ce domaine. À la base, le problème est que les chercheurs préfèrent faire état des résultats intéressants et non de ceux d'apparence ennuyants, ce qui entraîne un ensemble de résultats biaisés. Le problème est amplifié par les façons auxquelles la recherche est reprise par les médias traditionnels et sociaux. L'article propose certains changements importants afin de mettre au défi la pratique actuelle.

Une troisième nouvelle voie est apparue en constatant les forces exceptionnelles démontrées par l'Université en matière d'analyse qualitative. La majorité de mon travail a été traditionnellement quantitatif. Je me suis efforcé de trouver les meilleures façons d'intégrer les méthodes qualitatives et quantitatives. Des discussions avec Alan Jacobs du département de science politique se sont rapidement transformées en un nouveau projet sur les façons d'évaluer dans quels contextes les méthodes quantitatives et qualitatives sont plus efficaces et quand et comment les combiner pour de meilleurs résultats. Me pencher sur ce problème a été intriguant et aura un énorme impact sur la façon dont je travaille », de conclure M. Humphreys.

Macartan Humphreys

Il se démarque par son approche innovatrice d'expérimentation sur le terrain pour étudier des questions comme l'influence de la gestion des ressources sur les guerres civiles.

Lauréats 2011