27 Mars 2017

- Un rapport de la boursière 2014 Tammara Soma

L’islam est aujourd'hui l’une des religions qui progressent le plus rapidement au Canada, le nombre de fidèles devant tripler d’ici 20 ans selon les projections. L’extrême droite affirme que l’islam n’est pas compatible avec les civilisations occidentales et diffuse la rhétorique selon laquelle Daech/l’État islamique représente l’ensemble des musulmans. La flambée d’islamophobie et le discours anti-immigrant et anti-réfugié qui en résultent constituent une menace pour l’avenir de la paix mondiale. En fait, même si la population canadienne se targue d’incarner le pluralisme, la diversité et l’inclusion, le 30 janvier 2017, six fidèles musulmans ont été tués au Centre culturel islamique de Québec. De plus, une récente motion (M-103) proposée par la députée Iqra Khalid et demandant que le Comité de la Chambre des communes se penche sur les enjeux d’islamophobie a entraîné des milliers de courriels haineux et de menaces de mort. 

Le 20 mars 2017, la boursière Trudeau 2014 Tammara Soma et ses collègues ont organisé un symposium à Toronto sur les perspectives des musulmans sunnites, chiites, ismaéliens et ahmadis pour donner un aperçu des principes de leur foi, identifier les fausses idées courantes et présenter les contributions de leurs communautés au pluralisme. Intitulé Pluralisme et islam : la citoyenneté des musulmans dans les démocraties libérales occidentales, le symposium avait pour but d’examiner la légitimité des préoccupations entourant l’islam et la liberté d’expression et de déterminer si les identités musulmanes entrent véritablement en conflit avec les valeurs canadiennes de pluralisme, de liberté d’expression et de démocratie. L’événement était parrainé par la Fondation Pierre Elliott Trudeau, le Massey College et le réseau Islamic and Global Affairs Initiative de la Munk School of Global Affairs.

Le mot d’ouverture a été prononcé par Richard (Dick) Fadden, ancien conseiller à la sécurité nationale auprès du premier ministre du Canada et ancien directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui a souligné la nécessité d’un plus grand dialogue avec les musulmans et d’un partage plus abondant de leurs expériences, particulièrement en temps de paix. M. Fadden a également soutenu que les événements comme le symposium peuvent promouvoir la compréhension et, par le fait même, la sécurité nationale. Sa présentation a été suivie de celle de l’ancienne sénateure Lois Wilson, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des libertés civiles et ministre invitée distinguée au Emmanuel College de l’Université de Toronto, qui a abordé l’importance du dialogue interconfessionnel et intraconfessionnel. Mme Wilson a aussi signalé que la population semble bien comprendre la nature diversifiée du christianisme, mais qu’elle tend à faire de l’islam son bouc émissaire comme un monolithe. L’exposé principal a été fait par Dre Shafique Virani, distinguée professeure en études islamiques, qui a critiqué la façon dont les musulmans sont souvent profilés dans les médias.

Quatre dirigeants religieux représentaient différentes confessions islamiques : Dr Liyakat Takim, président de la chaire Sharjah en études islamiques mondiales de l’Université McMaster (chiite); Dr Aman Haji (ismaélien); Amjad Tarsin, aumônier musulman à l’Université de Toronto (sunnite) et Farhan Iqbal, imam de la communauté musulmane Ahmadiyya (ahmadi). Étaient également présents : l’honorable Hugh Segal, ancien sénateur et maître actuel du Massey College; le boursier Trudeau 2014 Wendell Adjetey; des étudiants; des professeurs et des citoyens. Les participants ont discuté du jihad, de la place des musulmans et de l’islam dans les démocraties libérales occidentales, de la séparation entre la mosquée et l’État, et un appel des présentateurs musulmans à la raison pour défier la menace grandissante de l’islamophobie (démontrée dans l’attaque à la mosquée de Québec) et le sectarisme au sein de certaines communautés musulmanes. Les présentateurs ont soutenu que l’extrémisme de droite tout comme le sectarisme menacent le pluralisme, la diversité et l’inclusion au Canada.

Dans un autre panel mettant en vedette Dre Aisha Ahmad (professeure adjointe à l’Université de Toronto) et Dre Melissa Finn (sciences politiques, Université de Waterloo), expertes en sécurité internationale, on a signalé que les investissements considérables des gouvernements en appui à des politiques racistes et inefficaces au nom de la sécurité nationale ne font en fait que menacer cette dernière. Les exemples comprennent le profilage racial, l’interdiction de visiteurs provenant de pays majoritairement musulmans ainsi que le bannissement du port du hijab et du niqab. En réponse à ces situations, Dre Melissa Finn a préconisé la réforme du système de justice pénale et l’investissement dans plus de programmes communautaires pour aider les jeunes musulmans et non musulmans rétifs qui pourraient verser dans la violence à chercher une voie autre que la radicalisation. Saima Hussain, auteure de The Muslimah Who Fell to Earth: Personal Stories by Canadian Muslim, a questionné l’idée reçue de la « femme musulmane opprimée », argumentant que les femmes musulmanes sont des battantes, en ce sens qu’elles ont un franc-parler et qu’elles sont prêtes à s’exprimer pour protéger les libertés que leur accorde la Charte canadienne des droits et libertés.

Selon Rizwan Mohammed de l’Université McGill, coorganisateur du symposium, la journée s’est avéré le début d’une conversation importante pour promouvoir le dialogue interconfessionnel et intraconfessionnel. Malgré la diversité des présentateurs et la variété de leurs perspectives théologiques, le symposium a confirmé la nécessité de protéger la valeur du pluralisme inscrite dans la Charte canadienne et corroboré l’opinion des universitaires et dirigeants religieux musulmans selon lequel le pluralisme est une valeur islamique caractéristique.

Tammara Soma

Tammara étudie les facteurs qui influencent la consommation et le gaspillage alimentaires et la fin de l’enfouissement de déchets alimentaires en Indonésie.

Boursiers 2014